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Interview avec Catherine et Seydou, les Voyageurs Créateurs, pour connaitre les coulisses de la série des photos sur les Rabaris : la véritable histoire autour des photos. Bravo pour tout votre travail, c'est bien agréable de nous faire partager vos aventures...
De belles oui.... Notre meilleur souvenir concernant les Rabaris est notre rencontre avec cette caravane de nomades et en particulier avec la doyenne du groupe, "La vieille"... Une expérience inoubliable, intense et tellement magique... Pour vous la raconter je vous propose de nous remettre dans le contexte (Catherine) : "Il est 7h du matin quand au détour d’un chemin nous découvrons un campement de plusieurs familles de nomades Rabaris avec leurs animaux. Nous allons directement à leur rencontre. Nous sommes à peine arrivés que la doyenne du groupe nous accueille avec un large sourire, et nous invite à boire du tchaï. Nous acceptons avec grand plaisir. Elle allume un feu, et fait chauffer de l’eau dans sa vieille marmite. La conversation commence, d’abord par geste pour ce qui nous concerne, car nous ne parlons pas le langage du Kutch, puis notre chauffeur et interprète Bharat raconte nos aventures : comment nous avons arpenté avec lui le kutch à bord de son Rickshaw, qui nous sommes et surtout d’où on vient... Les Rabaris nous regardent étonnés, et demandent pourquoi on fait cela et si l’on est mariés. Cela les amuse.
Ils nous expliquent qu’ils sont sur le point de repartir, car cela fait déjà quatre mois qu’ils sont là et ne trouvent plus assez de nourriture ici pour leurs animaux : des moutons, des chèvres et quelques dromadaires. Dans un premier temps la doyenne du groupe refuse les photos, puis elle accepte que nous en fassions une seule, un portrait d’une de ses filles mais seulement en numérique pour qu’elle puisse voir l’image sur l’écran de l’appareil. La photo terminée elle regarde, et nous fait signe que ça va, mais qu’il ne faut pas en faire d’autres. Le restant de la famille veut être pris en photo aussi pendant qu’ils font leurs préparatifs. Une grande discussion commence que l’on comprend aisément au vu des gestes et des mimiques de chacun. La vieille dame ne cède pas et râle. Les hommes eux, au contraire, donnent leur accord pour qu’on en fasse d’autres, amusés, pendant que la veille continue de râler toute seule. Ils ne sont pas habitués et ne se représentent pas vraiment ce que c’est que de prendre des photos et de toute façon ils s’en fichent. Cela les fait rire. Ils ne s’occupent pas de nous et vaquent à leurs occupations. Les sourires de chacun en disent long. Il semblerait qu’ils nous aiment bien. Et de notre côté nous avons un véritable coup de cœur pour ces nomades. Il faut dire qu’ils sont très attachants et même parfois très drôle, de par leurs façon d’être, leurs gestes... Ils sont aussi superbes dans leurs costumes pastorals traditionnels. Nous sommes loin, très loin, et c’est comme si le temps s’était arrêté…. Nous passons là tous ensemble des heures et des heures à discuter autour du feu, et à regarder les femmes Rabaris et leurs enfants préparer le départ de la caravane. On installe les 22 petits agneaux nouveaux nés (qui ont entre un et dix jours chacun) avec les plus petites filles sur les dromadaires pour la route, ils ne peuvent pas encore suivre si longtemps seuls à “pattes”… C'est alors que la vieille dame toute émue nous serre dans ses bras pour nous dire au-revoir, nous sommes désormais acceptés... et tout doucement les dromadaires sont chargés, les bagages terminés, les lits sont accrochés, et tous les enfants sont installés. Les hommes partent devant à pied avec leur bâton de bergers et les moutons et les chèvres adultes, et puis la caravane s’en va, sous nos yeux émus, nous sommes déjà tristes de les voir partir…
Les reverra-t-on un jour sur l’une ou l’autre des routes de ce monde ? Nos amis les Rabaris et leurs troupeaux partent en transhumance sillonner l’Inde, toujours et encore plus loin, à la recherche de pâturages pour leurs bêtes, car le sol indien s’épuise et se désertifie depuis la “révolution verte” lancée par le gouvernement indien en 1947. Qu’adviendra-t-il de nos amis les Rabaris à l’avenir ? À ce jour ils luttent et poursuivent leur vie de semi-nomades en osmose avec leurs animaux pendant 8 mois de l’année dans une société indienne en pleine mutation où ils résistent encore"…